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Portraits

Portrait | Marathon Woman Kathrine Switzer

Il y a quelques semaines, je franchissais, non sans fierté, la ligne d'arrivée du Marathon Nice-Cannes. Je devenais donc marathonienne, une Marathon Woman à la française.

Quel rapport, me direz-vous, avec le féminisme ? J'y viens. 

 

De la détermination de Kathrine Switzer

Parlons un peu de Kathrine Switzer. Elle est la première femme à avoir couru le marathon de Boston de manière officielle. Si le règlement de la course ne stipulait pas que l'inscription des femmes était interdite, il était généralement admis qu'une femme ne pouvait pas courir 42,125km, sous risque de défaillir, ou même pire, de perdre sa capacité à procréer (vous imaginez le drame...)

En 1967, elle s'inscrit en ne donnant que ses initiales et prend le départ de la course avec son entraîneur. C'est au 16ème kilomètre qu'elle est repérée par les journalistes et les organisateurs, qui tentent de l'arrêter en s'agrippant à son dossard. Ils ne parviendront pas à l'arrêter et les images de l'altercation feront le tour du monde, attisant le débat et enflammant la cause féministe.

Elle franchit la ligne en 4h20 et prouve que oui, les femmes sont physiquement capables de courir. Seulement l'histoire ne s'arrête pas là. Après avoir été disqualifiée par la Fédération Américaine d'athlétisme, elle se battra jusqu'en 1972 pour que le Marathon de Boston soit ouvert aux femmes. 

50 ans après

50 ans 

La victoire de Kathrine sur les préjugés misogynes dans le sport est vieille de seulement 50 ans. Souvent, ce sont les acquis sociaux que l'on met en avant lorsque l'on parle du droit des femmes: le droit de vote, l'accès à notre propre compte, la pilule, le droit à l'avortement, en j'en passe.

On parle moins de celles qui ont contribué à l'avancement des mentalités et des conceptions dans ce que l'on considère comme des sujets secondaires tels que le sport ou la mode.  Pourtant, ce sont aussi ces femmes qui nous ont permis de nous libérer et de faire avancer la cause des femmes. 

La victoire de Kathrine sur la misogynie a fait effet boule de neige, ouvrant la voie à la performance sportive féminine que ce soit en course à pied ou ailleurs. Elle remet en cause les conceptions arriérées sur le corps féminin et ses capacités; montrant que si nous ne courons pas aussi vite que les hommes, nous pouvons courir les mêmes distances et faire le même effort. Elle met au placard la fragilité supposée de la composition féminine et la fait sortir de sa cuisine. 

 

Marathon Women

Nous étions 20% de femmes à franchir la ligne d'arrivée du marathon. 20% de femmes à porter sans le savoir l'héritage de  Kathrine Switzer et de son combat.

Courir n'avait jamais été pour moi un acte militant, il l'est pourtant. Je ne m'étais jamais posé la question de savoir comment le sport avait accueilli les femmes. Ma rencontre avec Kathrine Switzer au travers du film Free To Run  a été une révélation. Comme pour tous les autres aspects de nos vies; nous avons dû nous battre. Et nous continuons à le faire chaque fois qu'une femme prend le départ d'une compétition, enfile ses crampons ou ses gants de boxe. 

Devenir marathonienne en ayant en tête Kathrine Switzer fut émouvant et puissant; comme si, au-delà de ma satisfaction personnelle, je prouvais à tous que les femmes avaient leur mot à dire, que le sport n'était pas qu'une affaire de testostérone et que la volonté était universelle.

Pour aller plus loin

 

Images: AP:Associated Press