Paroles

Tiffanie Feuillant – Musculation x féminité

Peux-tu nous parler un peu de toi ? Qui es-tu ? Que fais-tu dans la vie ?

Bonjour, je m’appelle Tiffanie Feuillant et je suis professeure de français en collège depuis septembre 2017.

Tu pratiques le fitness et la musculation depuis plusieurs années, et c’est une partie importante de ton quotidien. Qu’est-ce qui t’as attiré dans ce sport ?

J’ai découvert la musculation complètement par hasard à l’époque où je vivais en Californie il y a de ça 3 ans. La famille avec laquelle j’habitais a vu ma détresse lorsque j’ai pris 8kg en quelques semaines, et m’a donc offert une inscription à la salle de sport pour un an. Là-bas, je passais 1h par jour à courir sur un tapis jusqu’à ce que je rencontre un coach (devenu mon chéri depuis) qui m’a initiée à la musculation. Au début, ce sport était simplement un moyen de perdre du poids. Aujourd’hui, la musculation occupe environ 12 heures de ma semaine, chaque semaine.

 

musculationxfeminite

Le fitness et la musculation ont regagné en popularité ces dernières années, chez les hommes comme chez les femmes. Cela étant, on a souvent tendance à séparer les pratiques ; les femmes sont là pour être minces, les hommes pour prendre de la masse.  Quel est ton avis sur le sujet ? 

En effet, le fitness a connu un vrai boom ces dernières années, arrivant tout droit des Etats Unis. Là-bas, comme dans les pays nordiques, la musculation est extrêmement connue et pratiquée, et j’ai été étonnée en rentrant en France de voir à quel point les salles de sport avaient fleuri un peu partout dans les grandes villes comme dans les campagnes.
Pour beaucoup de pratiquantes, la musculation est bien un moyen de perdre rapidement du poids pour être « bikini ready » juste avant l’été, tandis que pour les homes elle est un moyen de devenir viril et d’avoir des muscles saillants… Il va sans dire que ce n’est pas ma vision de la musculation, et que de plus en plus de filles vont aujourd’hui à la salle de sport pour sculpter leur corps et développer leur masse musculaire.

 

La musculation c’est une affaire de corps, au moins en partie. Comment perçois-tu la relation corps musclé/corps féminin ?

D’un point de vue totalement personnel, les corps les plus féminins à la salle de sport sont ceux qui ont des muscles un peu dessinés, un dos bien musclé et des fesses rebondies. Une sorte de légende urbaine voudrait que le sport rende masculine, mais j’ai énormément de mal à comprendre cette vision du corps. Si aller à la musculation nous faisait ressembler à des nageuses russes sous stéroïdes, cela se saurait. Je n’ai jamais eu un corps aussi féminin qu’après 3 ans à soulever des poids : n’ayant pas la taille marquée, développer mon dos et des fesses m’a permis de créer cette illusion d’une taille marquée !

Quelle est ta définition de la féminité ?

Ma définition de la féminité a, de fait, beaucoup changée en même temps que s’est développé mon amour pour ce sport. J’en ris aujourd’hui, mais avant de partir aux Etats-Unis, mon rêve était d’avoir un jour un « thigh gap » et de ne jamais quitter la taille 34 que j’arborais avec fierté depuis mes 12 ans. Aujourd’hui, je pense que la féminité passe d’avantage dans l’attitude, dans le dépassement de soi. Il n’y a rien de plus féminin qu’une femme forte, qui fait de son corps ce qu’elle a envie d’en faire.

On t’a déjà dit que tu t’entrainais intensément « pour une fille » : pour toi qu’est-ce cela dit de la manière dont sont perçues les filles qui font de la musculation et du fitness ?

Je souris en lisant la question « t’a t-on déjà dit tu t’entraînes dur pour une fille » parce que c’est une réflexion que j’ai eu pendant les 2 premiers mois de mon retour en France. Les hommes ou même très jeunes hommes me disaient qu’ils étaient impressionnés de voir une fille autant se donner dans un sport aussi viril. J’en ai été flattée pendant quelques jours puis me suis vite rendue compte que leurs compliments étaient assez condescendants. J’ai donc, en toute gentillesse, commencé à répondre « non, je m’entraîne dur tout court », et ma plus grande victoire est qu’aujourd’hui, les pratiquants hommes me demandent des conseils sur l’exécution des mouvements : Une fois dépassé le sexisme ordinaire, ils m’ont totalement acceptée comme égale et je me sens là-bas chez moi.

Penses-tu qu’on puisse considérer la recherche de la performance sportive, ou plus largement le fitness comme une forme de féminisme ?

Je pense évidemment que l’on peut considérer la pratique de la musculation comme une forme de féminisme. Avec un sport comme le bodybuilding, on prend littéralement en main son corps et le transforme en ce que l’on souhaite. La muscu apporte une force mentale et physique insoupçonnable qui transforme véritablement. Après s’être entraîné avec moi, je pense que beaucoup d’hommes auront du mal à dire « tu cours comme une fille » ou « tu frappes comme une fille » en pensant que c’est une insulte.

Est-ce que tu te définirais comme féministe ?

Jusqu’à l’année dernière, j’étais contre le terme de féministe, ne connaissant du mouvement que les extrémistes et ne me reconnaissant pas dans ces images. Aujourd’hui, je pense pouvoir affirmer que je le suis, parce que le terme de féministe a évolué. J’ai tendance à penser qu’au XXIe siècle, être féministe est plus large que se battre pour l’égalité des chances et des salaires : c’est aussi faire comprendre aux enfants que les carrières qui s’offrent à eux ne sont pas genrées, faire comprendre aux parents que les jouets pour garçons ne devraient pas être différents des jouets pour filles… C’est cette partie-là du féminisme qui me parle, et que je défends au quotidien devant mes élèves.

Pour suivre les aventures de Tiffanie, retrouvez-la sur Insta : @french_habits

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